Procès d’Algassimou : « Nous n’allons pas appartenir à un procès juste pour faire le figurant » (Avocats)

Le collectif d’avocats d’Algassimou Diallo a décidé de suspendre sa participation au procès de l’ancien procureur du tribunal criminel de Dixinn devant la Cour suprême. En cause, le rejet successif de leurs requêtes en récusation de trois magistrats et en annulation de l’ordonnance de renvoi. Face à la presse ce jeudi 15 octobre 2026, Me Moussa Diallo a dénoncé des violations présumées des droits de la défense et remis en question les conditions dans lesquelles la procédure se déroule.
Selon le conseil, la défense a d’abord contesté la participation de trois magistrats à la formation chargée de juger son client, estimant que certains d’entre eux avaient également pris part à une décision du bureau de la Cour suprême autorisant les poursuites contre l’ancien magistrat.
« Nous avons donc estimé que des magistrats qui ont pris part à une décision ayant conduit à l’autorisation pour autoriser sa poursuite […] sont également membres de la formation en charge de juger Monsieur Algassimou », a expliqué Me Moussa Diallo.
Cette requête a été rejetée par la Cour suprême. La défense a alors demandé l’annulation de l’ordonnance de renvoi de son client devant les chambres réunies, en invoquant notamment le non-respect des délais prévus par le Code de procédure pénale.
Me Moussa Diallo s’est particulièrement appuyé sur l’article 282, qui prévoit, selon lui, la mise à disposition du dossier aux avocats de l’inculpé pendant trois jours avant le prononcé de l’ordonnance de règlement. Il affirme que cette formalité n’a pas été respectée dans le dossier d’Algassimou Diallo.
« L’instruction d’une affaire qu’on dit être criminelle s’est tenue en deux jours : lundi et mardi. Mercredi matin, qui était, je crois, le 3 septembre 2026, nous avons été surpris qu’on nous notifie une ordonnance le renvoyant devant les chambres réunies pour être jugé », a-t-il déclaré.
Pour la défense, ce calendrier n’a pas permis de respecter le délai de trois jours qu’elle estime obligatoire. L’avocat a également invoqué les articles 396 et 444 du Code de procédure pénale pour soutenir sa demande d’annulation.
Mais la Cour suprême a rejeté cette seconde requête, la jugeant mal fondée. Une décision que le collectif conteste, reprochant notamment à la juridiction de ne pas avoir suffisamment motivé son arrêt.
« Au regard de la façon dont cette procédure a de tout temps été conduite depuis son entame, au regard du rejet systématique de toutes les demandes que nous avons soumises à la Cour, alors même que ce sont des demandes qui reposent sur, disons, des situations certaines, on n’a plus de raison à figurer dans une procédure comme ça », a soutenu Me Moussa Diallo.
L’avocat a par ailleurs exprimé des réserves sur la mention figurant dans l’arrêt de rejet de la récusation, selon laquelle le délibéré aurait eu lieu en présence du ministère public, qu’il considère comme la partie adverse dans cette affaire.
« Alors, je me demande, est-ce que dans ces conditions-là, on peut espérer un procès équitable à notre entendement ? Non. Voilà pourquoi le collectif a décidé de suspendre sa participation à ce procès », a-t-il conclu.
Thierno Amadou Diallo




